Le dessin à l’aveugle : un geste de lâcher-prise
Dans plusieurs de mes séries, notamment Ce qui demeure en elle, le dessin débute sans modèle et sans regard posé sur la feuille. Le trait est tracé à l’aveugle ou en semi-aveugle, dans un mouvement continu et souple, le crayon, la craie glissant sur le papier.
Ce protocole volontairement simple déplace le centre de gravité du dessin : il ne s’agit plus de reproduire, mais de laisser surgir. La main accompagne l’œil, quelquefois elle le devance même. Le geste ouvre un espace où la mémoire, l’intuition et l’inconscient peuvent affleurer, sans préjugé, dans un véritable lâcher-prise.
Ce travail du trait continu engage le corps tout entier. Il suppose une forme de confiance, d’acceptation de l’imprévu. Ce qui apparaît n’est pas une ressemblance, mais une présence. Le beau n’est pas l’objectif ici ; il s’agit plutôt d’accueillir ce qui advient.
Le dessin devient alors un territoire d’exploration, où le visible se construit à partir de ce qui ne l’est pas encore. Une recherche artistique ancrée dans une pratique du dessin contemporain, entre mémoire, geste et transformation.